Maxime P., mutilé par une grenade GLI F4 à Notre Dame des Landes le 22 mai 2018

La personne blessée s’appelle Maxime. Nous ne connaissons pas les circonstances de sa blessure et nous nous interdisons de tirer la moindre analyse de la situation. Ce que nous savons, c’est qu’il a eu la main arrachée par une grenade parce qu’il ne savait pas qu’elle pouvait lui arracher la main. Ce que nous savons aussi, c’est que les gendarmes tirent sur des manifestant-es désarmé-es des grenades qui peuvent tuer et, a fortiori, mutilent grièvement. Nous savons aussi que les grenades GLI F4 tirées depuis le mois d’avril sur les occupant-es de la ZAD sont produites en 2004 et que la gendarmerie a décidé de vider ses derniers stocks.

La presse nous dit, à sa manière si placide, qu’un “homme de 21 ans” a eu la main arrachée par une grenade le 22 mai sur la ZAD de Notre Dame des Landes. Pas de quoi en faire un scandale médiatique visiblement, puisque ça ne soulève pas une levée de boucliers. Certains journalistes, toujours aussi peu consciencieux, parlent juste de “grenade lacrymogène” quand d’autres pointent clairement la Grenade Lacrymogène Instantanée (GLI F4), dites “grenades assourdissante”. Cette grenade à effet de souffle contient 24 grammes de TNT et produit une détonation de 164 décibels. C’est une arme “à effet psychologique”.

Ce dont nous pouvons attester, c’est que l’ignorance qui entoure ces armements contribue à justifier leur usage et à mutiler des manifestants sans que rien ne change.

Les gendarmes autour de Maxime. Photo réalisée par Antonio Cascio, du collectif Krasnyj de Barcelona.

Dans deux articles précédents (ICI et LA), Désarmons-les! avait tiré le portrait de cette grenade, indiquant au passage que le gouvernement pensait doucement à sa suspension, du fait que la charge de TNT qu’elle contient occasionne des blessures trop importantes, pour la remplacer par une autre grenade à effet combiné, mais sans TNT, la GM2 L. Il serait temps en effet de la supprimer de l’arsenal policier, puisqu’elle a déjà gravement mutilé au moins 5 personnes (un minima correspondant à ce qui fait l’objet d’article de la presse mainstream et qui bien en dessous de la réalité) ces dernières années. A la ZAD durant les deux premières semaines de l’opération débutée en avril 2018, ce sont près de 4000 grenades GLI F4 qui ont été tirées sur les opposant-es. Parmi celles-ci, nous avons pu en ramasser des dizaines de défectueuses qui n’ont pas explosé et jonchaient le sol avec leur charge de TNT encore active.

Le problème lorsqu’on demande la suspension d’une munition plutôt qu’une autre, c’est qu’on semble accepter l’existence même d’un arsenal militaire entre les mains des forces de l’ordre, comme si celles-ci étaient engagées dans une guerre symétrique avec la population civile. Rappelons que les rares mutilations graves comptabilisées dans les rangs des policiers et gendarmes français depuis que le maintien de l’ordre existe, ont été occasionnées par leurs propres armes. Par exemple à Rennes en 2016, un policier qui s’apprêtait à lancer une grenade de désencerclement comme s’il s’agissait d’une arme offensive s’est vu arracher des doigts de la main. On pourrait presque dire “bien fait pour lui” tant l’utilisation de ces armes sur des civils à provoqué de drames du côté des manifestants sans jamais qu’on s’en offusque outre mesure.

 

  • Edouard Walczak a eu la main arrachée par une GLI F4 le 25 janvier 2001 à Lille lors d’une manifestation de pompiers.
  • Pascal Vaillant a eu les orteils arraché par une GLI F4 le 29 janvier 2009 à Saint Nazaire lors d’une manifestation pour les retraites.
  • Mickaël Cueff a eu la main arraché par une GLI F4 le 26 octobre 2013 à Pont de Buis lors d’une manifestation des bonnets rouges contre les bornes écotaxe.
  • Robin a eu une partie du pied arrachée par une GLI F4 le 15 août 2017 près de Bure lors d’une manifestation contre l’enfouissement de déchets nucléaires.

 

Cela va sans compter les centaines de blessures irréversibles mais moins visibles que ces grenades ont provoquées, notamment en raison de leurs éclats multiples qui s’insèrent profondément dans les chairs des personnes blessées.

 

 

Concernant Maxime, jeune marseillais étudiant à Sciences Po à Lille et qui devra désormais vivre sans main droite, les journalistes tergiversent aujourd’hui sur les circonstances de la blessure, comme ils ont tergiversé fin 2014 sur les circonstances de la mort de Rémi Fraisse : Etait-il en train de jeter la grenade vers les gendarmes ou leur tournait-il le dos ? Etait-il un vilain ultra-gauchiste ou un étudiant idéaliste et propre sur lui ? Ce qui revient à jauger si la victime méritait ou non le sort qui est le sien : leur monde et cette époque sont d’un cynisme sans nom ! Quand on dit qu’on combat l’aéroport et son monde, c’est justement de ce monde là qu’on parle.

La vraie question est pourtant la suivante : pourquoi des forces armées qui ne craignent rien utilisent des armes de guerre contre des manifestant-es, aussi radicaux/ales soient-illes ? Se défendent-ils face à des armes à feu de même catégorie ? Non, certainement pas. Et, qu’on se le dise, aucun de ces milliers de trolls qui inondent les réseaux sociaux de leur fiel réactionnaire ne peut comparer des pierres et des cocktails molotov à des armes à feu sans faire preuve d’une mauvaise foi manifeste.

L’Etat doit comprendre que ses choix déterminent ceux de ses opposant-es : soit il désarme ses troupes, soit le peuple les désarmera par lui-même. A plus ou moins brève échéance, le rapport de force est susceptible de s’inverser, tant la charge de ce que nous sommes en mesure de supporter commence à être lourde…

Il faut que ça cesse !

 


Autres sources d’information (mainstream) :

Voir aussi le reportage photo du collectif Krasnyj : https://www.krasnyicollective.com/NEWS/la-zad-resiste-tras-el-desalojo/