Les chiens de garde et le pilori !

Il n’a pas fallu entendre longtemps pour entendre les chiens de garde hurler au loup et brandir le parfait arsenal de l’ennemi intérieur pour justifier l’arrestation on ne peut plus politique et ciblée d’un membre de notre collectif.

Tout y est : “figure de l’ultragauche”, “assignation à résidence”, “fiche S”, “fiche J”, “mouvance contestataire radicale”, “mouvance anarcho-autonome”. Et pour peaufiner le tableau, on saupoudre de souffre avec la DGSI, le Renseignement Intérieur, tout le petit monde secret qui se dispense bien de jamais devoir se justifier sur ses affirmations, ses investigations et dont les fuites savamment orchestrées auprès de journalistes trop contents de manger dans les mains des puissants, achèvent de convaincre tout un chacun que le pilori s’impose.

Aujourd’hui nos champions se nomment Aziz Zemouri pour le Point et Georges Brenier pour LCI. Le journalisme à la petite journée a de beaux jours devant lui : pas besoin de vérifier l’information, en matière de propagande c’est l’information qui a valeur de vérité.

Fiche J ? Non Ian (on conservera son souhait de dénomination ici, n’en déplaise aux vautours qui sont prompts à livrer leur prochain à la vindicte populaire) n’a jamais été avisé qu’il écopait d’une fiche J et n’a par conséquent pas pu enfreindre une interdiction de Paris.

Fiche S ? Comme les fiches J, il semble qu’elles soient furieusement contagieuses, et ce proportionnellement au degré de paranoïa du pouvoir en place. Malgré de nombreuses sollicitations de la société civile, on ne sait toujours pas quels sont, à ce jour, sinon la subjectivité d’agents du renseignement territorial, les conditions d’attribution d’une fiche S. De même que la qualification d’appartenance à une mouvance d’ultra-gauche est un moyen bien commode pour ouvrir la foire à l’enchère émotionnelle à qui vendra la plus belle corde de chanvre pour l’extrémiste capturé. On a pu voir dans l’affaire Tarnac, qu’au bout de 10 ans et des dizaines de milliers de pages d’instruction il ne restait que peau de chagrin, le vide béant de politiciens en perte de légitimité, de policiers en pleine querelle et débâcle institutionnelle et le foulard rouge agité par un médiocre Cassandre des temps modernes, M. Alain Bauer.

COP21 : non il n’a jamais pu être établi à l’encontre de Ian des ” suspicions d’actions avec d’autres camarades contre l’organisation de la COP21 “, y compris par l’appui des fameuses notes blanches, aussi blanches que leur dénomination. Aujourd’hui Ian, après plusieurs recours contre l’assignation à résidence devrait bientôt voir son dossier examiné à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Un “véritable arsenal” dans ses valises ? Ces grenades ont été systématiquement collectées sur des lieux de manifestations après le terme de celles-ci et se sont donc consumées, et si certaines contiennent encore leur principe actif (le gaz CS sous forme de biscuit), elles ne constituent en rien un arsenal, sauf à être déposées au cœur d’un brasier et y dégager les fameuses fumées qui asphyxient nombre de manifestants ces dernières semaines.

Il suffit de peu pour dresser une potence, quelques mots qui font peur, saupoudrés par les sous-entendus de James Bond de pacotille et assaisonnés enfin par les confidences hallucinantes de policiers sur le contenu d’auditions et de gardes à vue en cours.

Alors le scandale est-il que Ian se trimballe avec quelques coquilles en plastique où restent collés des résidus de CS, qu’il informe ses pair.e.s de ce qu’ils risquent en manifestation lorsqu’ils font face à des opérations de maintien de l’ordre ou qu’il puisse être interpellé à la sortie de son train dans les pures traditions des polices politiques qu’on pensait appartenir au passé des années de plomb, de la Guerre d’Algérie ou de l’Occupation. Ou encore que des journalistes de râtelier, rechignant à mener le minimum décent d’investigations qui s’imposent, violent allègrement le secret de la garde à vue en accédant à des informations d’auditions, de confidences de procureurs et policiers, cul et chemise pour faire tomber ceux qui les embarrassent dans leur vile besogne d’étouffement policier et judiciaire de la contestation.

Qu’on se le dise, Ian ne sera pas le bouc émissaire d’une politique qui ne s’encombre plus de dissimuler son virage autoritaire et sécuritaire !