La semaine où Maxime perd sa main, le ministère valide une commande de grenades pour 17,5 millions d’euros !

Pour savoir ce que le ministère commande comme armes, il suffit de faire régulièrement une recherche sur internet avec les mots “saelsi boamp”.

C’est comme ça qu’en le faisant on vient de découvrir le nouvel appel d’offre pour l’acquisition de grenades et de moyens de propulsion pour les besoins de la Gendarmerie et Police Nationales, validé le 22 mai 2018 par le service de l’achat, des équipements et de la logistique de la sécurité intérieure (SAELSI) pour une valeur de 17 544 153 euros.

A consulter ici : https://centraledesmarches.com/marches-publics/Paris-cedex-08-SAELSI-Acquisition-de-grenades-et-de-moyens-de-propulsion-pour-les-besoins-de-la-Gendarmerie-et-Police-Nationales/3697370

La “prestation” comprend :

  • grenades 56 mm fumigène lacrymogène
  • grenades 40 mm fumigène lacrymogène
  • grenades 56 mm fumigène
  • grenades 40 mm fumigène
  • moyens de propulsion à retard 56 mm à portée 50 mètres
  • moyens de propulsion à retard 56 mm à portée 100 mètres
  • moyens de propulsion à retard 56 mm à portée 200 mètres
  • moyens de propulsion à retard 40 mm à portée 50 mètres
  • moyens de propulsion à retard 40 mm à portée 100 mètres
  • moyens de propulsion d’exercice à retard
  • moyens de propulsion 56 mm à retard d’exercice
  • moyens de propulsion 40 mm à retard d’exercice
  • bouchons allumeurs à main à retard 1-3 secondes pour GR 56 mm et GR 40 mm
  • cartouches grenades 40 x 46 mm
  • cartouches grenades fumigènes lacrymogènes à portée 50 m
  • cartouches grenades fumigènes lacrymogènes à portée 100 m
  • cartouches grenades fumigènes lacrymogènes à portée 150 m
  • cartouches grenades fumigènes à portée 50 m
  • cartouches grenades fumigènes à portée 100 m
  • cartouches grenades fumigènes à portée 150 m
  • grenades 56 mm assourdissantes lacrymogènes

 

Répartis en plusieurs lots, ces armements seront donc achetés auprès de trois entreprises ayant remporté l’appel d’offre. Ces entreprises sont les suivantes :

Qui signe des contrats à hauteur de 11 887 133 euros.

Qui signe des contrats à hauteur de 5 298 220 euros.

Qui signe des contrats à hauteur de 358 800 euros.

 

Force est de constater que nous allons voir apparaître dans le paysage répressif français de nouvelles munitions de fabrication allemande, puisque le nouveau partenaire Rheinmetall Waffe Munition va vendre à la France pour près de 360 000 euros de “cartouches grenades de 40 x 46 mm”, qui vont pouvoir être tirées par les lanceurs de balles de défense de 40 mm (LBD 40) et les nouveaux lanceurs multicoups Penn Arms.

Reste à savoir ce que seront ces “cartouches grenades” de fabrication allemande, dans la mesure où le fabricant propose une série de cartouche de 40 mm, qui vont des balles de gomme aux marqueurs de couleur (colour-marker), en passant par les fumigènes (smoke), les lacrymogènes (irritant), les explosives et les aveuglantes-assourdissantes (sound and flash)… Ce sera donc la surprise !

Notons également que SAE Alsetex continuera à fournir des grenades assourdissantes lacrymogènes comme celles qui viennent de mutiler Maxime à Notre Dame des Landes. Mais lesquelles ? Les fins de stocks de GLI F4 ou les pas si nouvelles GM2 L qui sont censées les remplacer ? Au passage, on notera l’opacité toujours aussi grande des appels d’offre du maintien de l’ordre : quid des processus d’homologation des armes ? Quid encore du détail des commandes passées ou des processus de validation des dépenses, aussi bien des opérations de maintien de l’ordre que des achats d’équipements ?

Une commande qui vient à point nommé en tous cas pour renouveler le stock bien entamé des 11000 grenades tirées à NDDL. Bientôt une “source proche du dossier” confiera-t-elle peut-être à un journaliste introduit dans le secret des dieux les détails des dépenses occasionnées par l’opération d’expulsions à la ZAD et la Cour des Comptes pondra-t-elle un nouveau rapport qui déplore à nouveau une utilisation accrue des forces mobiles, et une augmentation significative des dépenses en maintien de l’ordre (3,3 % entre 2012 et 2015).

Indéniablement, le maintien de l’ordre est devenu en quelques années un business à part entière pour les marchands d’armes, et une vitrine d’expérimentation et de démonstration pour les États sur les salons d’armements comme MILIPOL ou Eurosatory.