Retour sur la manifestation pour Lahoucine Aït Omghar, le 14 mai 2014

Ce mercredi 14 mai, la famille de ce jeune assassiné par la police l’an dernier et ses soutiens ont donné rendez-vous à Béthune (Pas-de-Calais), pour manifester vers le Palais de Justice, afin d’exiger que l’instruction apporte ses premières conclusions. Plusieurs collectifs franciliens étaient présents.

Le 28 mars 2013 à Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais), Lahoucine Aït Omghar était abattu de cinq balles à quelques mètres de chez lui [1]. Sans surprise, les flics se sont abrités derrière l’argument de la légitime défense. Il semblerait que Lahoucine tenait une paire de ciseaux. Si Lahoucine était encore parmi nous, on aurait pu en rire : comment peut-on croire qu’un policier, entraîné aux techniques d’immobilisation et formé aux arts martiaux (comme tous les policiers), ait pu se sentir menacé par une paire de ciseaux ?

Plus d’un an après, l’instruction n’a pas fait parler d’elle. Comme souvent, à la douleur de la famille la Justice répond par le silence, ce silence fait de mépris et de magouille. Il faut enterrer l’affaire, tandis que les médias s’emploient à salir la victime. France 3 et la Voix du Nord relaient la version de la police et du procureur : la victime était un braqueur. La messe est dite, on prépare l’absolution des flics assassins…

Plus d’un an après, la famille sort d’une longue année de deuil et de torpeur. Les parents de Lahoucine, anciens mineurs de fond, doivent apprendre à vivre avec cette mort, avec la mise à mort de leur fils. Et doucement, face au mutisme de la Justice, le doute s’installe : les flics responsables seront-ils punis ? Et au doute succède la colère, cette saine colère que génère le sentiment d’injustice.

Ce 14 mai 2014, la famille de Lahoucine et ses soutiens ont donné rendez-vous sur la place centrale de Béthune, pour manifester vers le Palais de Justice, afin d’exiger que l’instruction apporte ses premières conclusions. De nombreux voisins et jeunes du quartiers se sont retrouvés à Montigny-en-Gohelle pour partir en cortège de voitures à Béthune, portant sur eux les tee-shirts d’Urgence Notre Police Assassine [2], un collectif mis en place par Amal Bentounsi (dont le frère Amine a été tué par un policier à Noisy le Sec le 21 avril 2012), elle même rejointe par Farid El-Yamni (dont le frère Wissam a été tué par plusieurs policiers à Clermont-Ferrand le 1er janvier 2012), puis par d’autres proches de victimes.

Arrivée tonitruante sur la place de Béthune, à grand renfort de klaxons et de sirènes, où attendaient déjà d’autres soutiens venus de Montreuil (collectif Huit Juillet [3]), Paris, Saint-Denis (collectif Angles Morts [4]) et Lille (collectif de l’Insoumise [5]). Après des prises de paroles des proches de Lahoucine et d’Amal Bentounsi, le cortège a pris l’artère principale qui mène au Palais de Justice. Les slogans, énergiques et sans équivoque, remettaient les flics à leur place : « Police assassins », « Urgence, la police assassine en toute impunité », « A bas l’État, les flics et les fachos »

Le palais de justice, bloqué pour l’occasion, était protégé par une rangée de flics, tandis qu’autour du rassemblement une fine équipe de policiers en civil tentait vainement de se faire discrète. Plusieurs interventions au mégaphone sont venues rappeler que l’institution policière est violente et raciste par nature, en tant qu’elle est là pour protéger l’État et mater les pauvres, notamment d’origine étrangère. Elles ont rappelé aussi que les victimes de la police sont nombreuses et que la liste s’étend chaque année d’avantage, mais aussi que face à cet état des choses, les proches de victimes devaient plus que jamais s’unir et faire front.

Ce rassemblement, s’il n’a pas obtenu de résultat immédiat, aura montré aux partisans de l’omerta qu’ils auront à se justifier et qu’on ne les lâchera pas, que les familles sont déterminées à s’unir et à lutter pour faire éclater la vérité.

Le soir, la famille de Lahoucine avait organisé dans une salle de Montigny-en-Gohelle une rencontre conviviale autour d’un repas, au cours de laquelle il a pu être discuté des suites possibles à la mobilisation. Et il n’y a pas à douter qu’il y en aura…

 

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