« Retrait » de la grenade GLI F4 ? L’enfumage d’État

La grenade GLI F4, utilisée depuis les années 1980, a arraché des mains de plusieurs personnes depuis 2001 (Edouard Walczak, Mickaël Cueff, Gabriel P., Ayhan P, Antoine Boudinet, Frédéric Roy, Sébastien Maillet, sans compter tou·te·s celles et ceux qui ont perdu des morceaux de pieds où reçu de multiples éclats qui resteront dans leurs corps définitivement).

Après avoir tergiversé fin 2014, suite à la mort de Rémi Fraisse sur sa suppression éventuelle (cf. le débat cynique qu’on a pu lire dans le rapport de l’IGGN/IGPN de novembre 2014 sur les « avantages/inconvénients » entre l’OF F1 et la GLI F4), et malgré les évidences depuis plusieurs années attestant de sa dangerosité et de ses défaillances techniques, ce n’est que 30 ans plus tard que l’État s’en débarrasse.

Mais ne soyons pas dupes. Il ne s’agit que de la remplacer par la GM2L, “grenade modulaire à deux effets lacrymogène” (modèle SAE 815 de Alsetex), qui a déjà fait ses « preuves » et vient d’être massivement utilisée à Nantes, notamment le 11 janvier dernier, comme à Paris le 28. La GM2L viendra donc nous mutiler à la place de la GLI F4, car non, Castagneur ne veut pas contrarier Alsetex et les autres marchands de douleurs.

La GM2L, c’est une grenade à effet combiné associant 48,6 grammes d’explosif (hexocire) et 10 grammes de gaz CS (= 58,6 grammes de masse active), mais également une détonation a 165 décibels. L’hexocire est de l’explosif RDX mélangé à de la cire. L’explosif militaire RDX est 1,6 fois plus puissant que la TNT. Il compose à 91% un autre explosif de type « plastic » très réputé, le C4. Au même titre que la GLI F4, elle entre dans la catégorie des “grenades à effet de souffle” et dans celle, plus officieuse, des “grenades à effet psychologique”.

Les médias s’excitent depuis l’annonce de Castaner pour reprendre les foutaises du fabricant et de journalistes qui n’y connaissent rien, affirmant de manière tout à fait mensongère que la grenade “ne contient pas d’explosif” ou qu’elle ne contient qu’une “composition pyrotechnique” ou de la “poudre noire, équivalent à un gros pétard”. Précisons que la TNT est aussi une composition pyrotechnique. On appelle ça une non-information. Quant à savoir si cette “mixture” est de l’hexocire, ce serait peut-être au fabricant, en toute transparence, de démentir ou de préciser la composition des engins de mort qui sont allègrement jetés au milieu de la foule. Bref, on invite chaudement les journalistes à utiliser leur carte de presse pour aller au Milipol poser les bonnes questions, au lieu d’essayer de mettre en défaut des collectifs qui luttent sur le terrain depuis des années…

LA GM2L est donc une GLI F4 qui ne porte pas son nom. Au cas où vous en doutiez, celle-ci peut aussi vous arracher la main : voir le pictogramme d’avertissement qui se trouve sur sa culasse en plastique.

Éclat en plastique de GM2L

Tout cette agitation médiatique autour de la décision de Castaner de “retirer” la GLI F4 de l’arsenal du maintien de l’ordre est d’autant plus stérile que son “remplacement” par la GM2L était prévu de longue date et déjà engagé en 2018 (utilisation massive à Notre Dame des Landes au printemps, lors de l’expulsion de la ZAD). Dans notre article du 20 juin 2019, nous pointions celui de l’organe de propagande de la gendarmerie (L’Essor), publié en août 2017 et intitulé “Une nouvelle génération de grenades pour remplacer la contestée GLI F4” (dans un premier temps, c’est l’adjectif “décrié” qui avait été employé…)

Depuis le 12 janvier, le site Nantes Révoltée fait un travail énorme sur cette fake news et rappelle que les blessures causées par la GM2L constatées ces derniers jours en manifestation sont similaires aux ravages de la “décriée” GLI F4. Notamment en éjectant, lors de l’explosion, une pièce métallique qui s’incruste dans les chairs : un cylindre de 2 cm en laiton contenant la mèche lente permettant la mise à feu du détonateur. Dans sa fiche technique, Alsetex affirme aussi que les matières plastiques présentes dans la GM2L “permettent de ne générer aucun éclat lors de son fonctionnement”… Exactement la même affirmation déjà présente dans la fiche technique de la GLI (“aucun éclat n’est émis lors de la détonation”…) Argument fallacieux car n’importe quelle matière (plastique ou métallique) subissant une déflagration peut engendrer des micro-débris pénétrants et s’incrustant dans les tissus musculaires, au point que toute intervention chirurgicale pour les retirer du corps des victimes devient quasiment impossible.

Photo de Une: une GM2L dans les mains d’un gendarme à Nantes le 11 janvier (Nantes Révoltée)