Communiqué : il est des choses qu’il faut dire au bon moment…

Concernant le combat des blessé-es contre les violences d’Etat.

Au troisième mois de la révolte des “gilets jaunes”, nous sentons de la fatigue et de l’exaspération dans l’air, mais aussi de vieilles tensions ressurgir, politiques évidemment, qui tentent de mettre les blessé-es et leurs soutiens dos à dos. Pourtant, ces blessé-es ne sont pas un enjeu de pouvoir. Il n’est pas question de savoir quel groupe politique ou quel leader charismatique soutient mieux ou représente mieux les blessé-es, on s’en contrefout.

Nous connaissons ces jeux politiciens qui ressurgissent à chaque “mouvement social”. Dans le mouvement des gilets jaunes ces enjeux de pouvoir se sont montrés plus puissants que jamais, parce que des opportunistes ont choisi de faire commerce de la violence subie par les blessé-es. Ces opportunistes, on les a identifié, mais on ne les a pas ouvertement dénoncés, pour ne pas crier avec les loups.

On a cru qu’il s’agissait d’une révolte profonde, durable, révolutionnaire, mais il semblerait que ça n’a été qu’un “mouvement de plus”. Mais ce “mouvement” a laissé derrière lui une grande quantité d’infirmes. Ces blessés, quand le mouvement sera enterré comme tant d’autres, que les caméras seront tournées vers ailleurs, se retrouveront seuls. Les clowns et agitateurs médiatiques qui les tenaient par l’épaule en disant “on est de la famille” ne seront plus là. Ils devront alors se souvenir des personnes, souvent discrètes, qui ont été là dés le lendemain de leur blessure, sans prétention, juste pour leur dire qu’ils seront là à tout moment, quand le ou la blessé-e le décidera.

Le changement dans notre combat, c’est qu’aujourd’hui il y a des mutilés d’extrême droite, ou au mieux, confusionnistes. Certains porte-paroles autoproclamés ont mis leur ego sur la table, en profitant de la lumière des caméras pour nous servir un discours confus, apolitique, se refusant à mettre les bons mots sur le problème des blessés : la VIOLENCE D’ETAT, systémique, institutionnelle, assumée par tous les défenseurs de l’Etat et de l’Ordre.

Cette violence d’Etat, elle passe par les gueules arrachées par la police, mais aussi par les manipulations malsaines de groupes politiques contre-révolutionnaires qui n’ont jamais aidé les blessé-es auparavant, et même pire, soutiennent traditionnellement les forces de l’ordre quand il s’agit d’éborgner des gauchistes et des arabes.

Dans notre combat, nous rencontrons un obstacle majeur, supérieur à celui opposé par l’Etat et ses forces de l’ordre, c’est le populisme rouge-brun version quenelle et autres confusionnismes qui se vendent comme “dissidence”, “libre-pensée” ou “apolitiques”. Ce fascisme là n’est pas forcément blanc et catholique, et il se présente parfois comme prolétaire ou banlieusard. Ne nous détrompons pas, la contre-révolution s’habille souvent de bleu marine, mais parfois aussi de bleu de chauffe…

Aujourd’hui, des blessés sincèrement révoltés et déterminés prennent déjà le chemin de la résignation, parce que des crétins opportunistes leur ont vendu une révolution entourée d’amateurisme et de mauvaise foi, voire de compromission : ce sont des parleurs, bien incapables de mettre sur pied une logistique, des outils, une cohérence politique qui rassure, te garantit qu’ils seront encore là dans deux, cinq ou dix ans, quand tu recevras tes décisions de non-lieu et que la Justice te dira que “l’Etat n’a commis aucune faute”.

Il ne suffit pas d’une cagnotte balancée à la faveur des caméras, de milliers de like sur les réseaux sociaux, d’une équipe de gros bras aux idées politiques louches qui font cool quand ils posent en bande sur les selfies, de l’enthousiasme procuré par un mouvement social vénère et de bons contacts qui ont des moyens… pour mener le combat d’une vie entière.

Il faut la foi dans des idées politique claires, une radicalité dans l’analyse, de l’endurance et de l’humilité. Le reste, c’est une histoire d’organisation collective, de débrouille parfois, mais aussi de confiance mutuelle.

Nous menons ce combat depuis des années, sans caméra ou avec très peu. Mais nous sommes là aux procès, nous sommes là au téléphone, nous sommes là dans les actions et manifestations de soutien. Nous serons là après comme nous étions là avant. A moins qu’on nous colle en prison pour avoir trop bougé.

Nous ne mettons jamais la pression. Pour autant, face aux opportunistes, à celles et ceux qui cachent le ciel aux autres pour exister, qui utilisent la souffrance des autres pour se mettre en avant, aux lobbyistes et autres mécènes qui croient que tout s’achète, nous opposerons un combat féroce. Nous n’avons pas besoin de leurs paillettes et de leurs manipulations. Pire, elles blessent les blessé-es une seconde fois, ce qui pour nous est inadmissible !

On se tient parfois dans la lumière, pour porter une parole radicale, mais le reste du temps nous marchons dans l’ombre. Nous donnons rendez-vous aux blessés après l’agitation, quelque part à l’ombre du soleil qui brûle. On se reconnaîtra.

Toute notre force aux blessé-es !