Première lettre d'information – Janvier 2016

newsboy

Chaque mois, nous tentons d’apporter quelques nouvelles des affaires de violences policières.

portrait_amadou_koumeAmAdOu KoUmE
classement sans suites

Le 16 novembre 2015, le procureur de Paris a informé la famille d’Amadou Koumé d’un classement sans suites de l’affaire. Le 6 mars 2015 peu après minuit, Amadou était interpellé au bar Le Hideout situé boulevard de Denain à Paris. Signalé par un employé parce qu’il était agité, trois policiers n’étaient pas parvenus à le mettre au sol en raison de sa grande taille. Et bien qu’il ne montrait aucun signe de violence, un cow-boy de la BAC arrivé entre temps avait eu raison de lui en lui appliquant les gestes d’immobilisation souvent contestés depuis que nombre de personnes en sont mortes. Amadou avait montré alors une certaine difficulté à respirer, mais avait été relevé et accompagné vers un véhicule de police, dont il n’est jamais ressorti vivant. Entre son interpellation à 00h30 et le constat de son décès au commissariat du Xeme arrondissement à 2h30, deux heures se sont écoulées, alors que le commissariat est à 600 mètres du bar. En septembre, l’autopsie révélait qu’Amadou était mort d’un « œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie avec traumatismes facial et cervical ». Éloquent, mais visiblement pas assez pour le ministère de la Justice…

 

portrait_hocine_bourasHoCiNe BoUrAs
ordonnance de non-lieu

Le 19 janvier 2016, les juges d’instruction de Colmar ont rendu une ordonnance de non-lieu dans l’affaire Hocine Bouras. Le 26 août 2014, lors d’un transfert entre la prison de Elsau et le palais de justice de Colmar par l’autoroute A35, Hocine, jeune colmarien de 23 ans, avait été tué d’une balle dans la tête par un gendarme adjoint volontaire qui l’escortait, celui-ci prétendant a posteriori avoir agi pour protéger sa collègue. La version policière faisait état d’une altercation entre Hocine et la gendarme assise à côté de lui, puis affirmait qu’Hocine se serait saisi de son arme pour la menacer, thèse appuyée par les avis d’experts ayant relevé plusieurs traces de son ADN en différents points de l’arme. La partie civile affirme le contraire, s’appuyant sur l’impossibilité pour Hocine de saisir l’arme au vu de son positionnement dans le véhicule et du fait qu’il était menotté. Et surtout, la réaction du gendarme est fortement contestée, dans la mesure où il avait d’autres moyens d’agir que de tirer à quelques centimètres de sa collègue. Ce non-lieu est un nouveau coup aux familles des victimes qui espèrent toujours obtenir un tant soit peu de justice. Elles feront appel de la décision, dans l’espoir d’obtenir au moins un vrai procès.

 

portrait_amine_bentounsiAmInE BeNtOuNsI
acquittement

Le 15 janvier 2016, la cour d’assises de Bobigny a rendu son verdict dans l’affaire Amine Bentounsi : acquittement pour le gardien de la paix Saboudjian. Après cinq jours de débats exténuants, au cours desquels le déroulement des faits a été minutieusement décortiqué, la décision du jury populaire a suscité la colère des soutiens de la famille Bentounsi. Après avoir écouté durant des heures les boniments et jérémiades des policiers et les déclarations successives des témoins, mais également les interventions à charge pour le policier de l’avocat général, personne ne doutait plus que Damien Saboudjian avait tiré dans le dos d’Amine. Le procès était éminemment politique, puisque l’affaire sert depuis deux ans aux syndicats policiers de motif pour réclamer une loi en faveur de la présomption de légitime défense. D’ailleurs, le corps policier s’est massivement déplacé pour soutenir l’assassin présumé, y compris la crème de la crème. Saboudjian lui, a répété inlassablement la leçon apprise par cœur, feignant de ne se souvenir que du visage d’Amine et de son pistolet braqué sur lui, scène qu’il est bien le seul à avoir vu. Parole de flic. Apparemment convaincu de sa culpabilité, le ministère public fait appel. Affaire à suivre donc.

 

Famille KrAiKeR
agressée par la BST de Pantin

Le 14 décembre Bilal Kraiker est interpellé par la brigade spécialisée de terrain (BST) à Pantin. Il reçoit un coup de genou dans les testicules et doit se faire opérer en urgence. Il reçoit 30 jours d’ITT. Moins de deux semaines plus tard, Bilal se retrouve de nouveau face à la police lors d’un contrôle d’identité collectif dans ce même quartier. Le ton monte et une grenade de désencerclement est projetée contre le groupe de jeunes. Zahra, la mère, descend porter secours et tente de raisonner les flics qui en réponse l’aspergent de gaz lacrymo et la rouent de coups.  Le frère cadet de Bilal, Wassil, est plaqué au sol et reçoit de nombreux coups de poing ; 5 Jeunes sont interpellés dont les deux frères Kraiker et passeront 48h en garde à vue avant d’être déférés au parquet. Ils ressortiront sous le statut de témoins assistés. Lorsque la famille tente de porter plainte au commissariat de Pantin, leur plainte est refusée, les contraignant à la déposer dans le 19ème arrondissement de Paris.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là ! Le 10 février, le nouveau commissaire de Pantin se présente au petit matin au domicile de la famille pour interpeller Bilal et Wassil. En tout 11 personnes seront placées en garde à vue pour des faits de “dégradations en réunion” à hauteur de 86 000€, une affaire qui remonterait au mois de juin. Déferrés au tribunal de Bobigny, les mineurs sont présentés au juge pour enfants. Les majeurs sortent sous contrôle judiciaire mais Bilal échappe de peu à un emprisonnement réclamé par le proc. Il a désormais interdiction de se rendre au 21 de la rue Auger, l’immeuble voisin du lieu des dégradations sous peine d’un emprisonnement immédiat. Il sera jugé le 19 mai.

 

portrait_michel_ratmiMiChEl RaToMbOzAfI
agressé par la BAC des Sables d’Olone

Le 2 Janvier 2016, Michel Ratombozafi, cherche une explication lors de l’interpellation de l’un de ses amis à la sortie d’un bar vers 1h du matin. Un équipage de la BAC intervient et interpelle agressivement Michel qui sera ensuite passé à tabac pendant son trajet, la tête coincée sous le pied de l’un des flics entre le siège conducteur et la banquette arrière et dans le silence le plus total des deux collègues présents. Au Centre Hospitalier des Sables d’Olonnes on lui diagnostique une hémorragie au niveau de l’œil gauche, un saignement du nez et un œdème au niveau des lèvres. Une photo postée sur les réseau sociaux témoigne de l’ampleur de ses contusions.

Mais les médecins se sont une nouvelle fois montrés complices puisqu’ils ont jugé son état compatible avec une mesure de garde à vue. Michel se retrouve ainsi encellulé pour Outrage et rébellion, il sort le lendemain et porte plainte pour coups et blessures le jour suivant. Ultime coup de pression policière : un flic des Sables d’Olonne appelle au domicile familial et menace Michel d’une nouvelle mesure de privation de liberté s’il ne retire pas son témoignage public des réseaux sociaux.

 

Plainte IGS de 18 jeunes
violences réitérées de la BSQ de Paris 12eme

Le Jeudi 17 décembre, 18 lycéen.ne.s du 12ème arrondissement de Paris portent plainte contre X pour “violences volontaires aggravées, “agression sexuelle aggravée” et “abus d’autorité” de la part de policiers de la brigade de soutien de quartier (BSQ). L’ampleur des atteintes est sans aucun doute bien plus grandes mais seules ont été retenues pour la plainte les violences dont des témoins pouvaient confirmer l’existence.. La BSQ se distingue par le spectre extrêmement large des violences physiques et symboliques qu’ils font subir dans ce quartier ainsi que par leur régularité. Ainsi c’est un harcèlement constant depuis l’été 2013, date de la première agression sexuelle. Nous saluons le courage des ces lycée.ne.s.

 

portrait_tarek_belgacemTaReK BeLgAcEm
abattu devant le commissariat de la goutte d’or

Le 7 Janvier 2016, Tarek Belgacem est abattu à proximité du commissariat de Barbès, dans le 18ème arrondissement de Paris. La confusion est totale, en pleine commémoration des attentats du 7 janvier 2015. La version policière est pourtant claire, un homme arrive devant un commissariat une arme à la main (en l’occurrence une feuille de boucher) et fonce sur les policiers en faction en criant allah akbar (une version qui rappelle cyniquement celle donnée après le meurtre de Bertrand Nzohabonayo à Joué-lès-Tours). Il serait même en possession d’une ceinture explosive sans que l’on sache très bien à quel moment les policiers s’en sont aperçu. Mais très vite cette version est mise à mal : des témoins affirment ne pas avoir entendu Allah Akbar ni avoir vu Tarek Belgacem brandir une arme. Certains affirment même au contraire l’avoir vu reculer les deux mains en l’air.

La famille Belgacem a décidé de porter plainte mais fait face à une véritable volonté d’étouffer l’affaire dont l’interpellation de témoins devant les caméras de médias internationaux est la face visible. Ainsi, les caméras de vidéosurveillance du commissariat, idéalement placées pour avoir une vue d’ensemble de la scène, n’auraient pas de mémoire pour enregistrer les bandes vidéo. Pour la famille, qui cherche à obtenir vérité et justice (comme en témoigne la venue du père de Tarek et ses prises de parole publiques), Tarek se rendait au commissariat pour des formalités administratives en vue d’un séjour en Tunisie. La ceinture explosive factice évoquée serait au finale une simple sacoche banane dont quelques fils dépassaient. La lettre manuscrite de revendication n’a selon la père pas été écrite de la main de Tarek. En se constituant partie civile, la famille Belgacem s’engage dans un long combat dont on espère qu’il permettra la mise en lumière de cette sombre affaire.

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